Le Mag' des Jéco 2026 Les Jéco

Bas salaires : soutenir l’emploi sans freiner les rémunérations

Comment permettre aux travailleurs les moins rémunérés de mieux vivre de leur travail, sans rendre leur embauche plus difficile ? Depuis plus de trente ans, la France cherche à résoudre cette équation de deux façons : réduire les cotisations sociales payées par les employeurs et compléter les revenus des travailleurs modestes, notamment avec la prime d’activité. Les sommes en jeu sont considérables : environ 75 milliards d’euros pour les allègements généraux de cotisations en 2025, et près de 11 milliards pour la prime d’activité. Avec quels résultats ? Et que faudrait-il changer ?

La réduction du coût du travail s’est construite par étapes. Les premiers allègements des années 1990 visaient à encourager l’embauche de travailleurs peu qualifiés. D’autres ont accompagné le passage aux 35 heures, puis soutenu plus largement la compétitivité des entreprises, notamment avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, le CICE. Dans Toujours moins ! L’obsession du coût du travail ou l’impasse stratégique du capitalisme français, Clément Carbonnier conteste l’efficacité de cette stratégie. Réduire le coût du travail est-il toujours un bon moyen de créer des emplois ? Quelles autres politiques pourraient améliorer les perspectives des travailleurs les moins rémunérés ?

Dans leur Note du Conseil d’analyse économique « Quelles stratégies pour l’emploi et les salaires ? », Antoine Bozio et Étienne Wasmer proposent de faire évoluer les allègements de cotisations. Ils soulignent que leurs effets sur l’emploi semblent aujourd’hui plus faibles que dans les années 1990.

Ils attirent aussi l’attention sur une difficulté : les aides à l’employeur diminuent lorsque le salaire augmente. Une augmentation entraîne donc à la fois une hausse du salaire à verser et une perte d’allègements de cotisations.

Ce mécanisme risque-t-il de décourager les augmentations et de maintenir des salariés près du Smic ? C’est ce que désigne l’expression « trappe à bas salaires ».

Du côté du salarié, une autre question se pose : combien reste-t-il réellement d’une augmentation à la fin du mois ? Le salaire net augmente, mais certaines aides peuvent diminuer. Pour comprendre le gain final, il faut donc regarder l’ensemble des revenus du ménage, en tenant compte notamment de la prime d’activité et des aides au logement.

L’évaluation récente de la Cour des comptes, à laquelle Marianne Cotis a participé, éclaire le rôle de la prime d’activité. Celle-ci soutient effectivement le pouvoir d’achat des travailleurs modestes, mais son effet sur l’emploi reste plus difficile à établir. Comment mieux coordonner les différentes aides pour qu’une augmentation de salaire ou des heures travaillées se traduise par un gain suffisant ? Le projet d’allocation sociale unifiée, qui vise à rapprocher plusieurs prestations, pourrait-il apporter une réponse ? Avec quelles conséquences pour les personnes qui les perçoivent ?

Il faut aussi comprendre comment les entreprises prennent leurs décisions. La perte d’allègements les conduit-elle à limiter certaines augmentations ? Tiennent-elles compte de la prime d’activité que leurs salariés peuvent recevoir ? Quel rôle jouent les salaires négociés dans les branches professionnelles, les difficultés à recruter ou les gains d’efficacité dans le travail ? Valérie Decaux, directrice des ressources humaines du groupe La Poste et présidente du Haut Conseil des rémunérations, de l’emploi et de la productivité, apportera l’expérience des entreprises et des discussions entre syndicats et organisations patronales.

La conférence des Jéco réunira Antoine Bozio, Clément Carbonnier, Marianne Cotis et Valérie Decaux pour confronter ces analyses. Elle partira des situations des travailleurs à bas salaire pour discuter les résultats des politiques actuelles et les changements possibles. Avec une question centrale : comment favoriser l’accès à l’emploi tout en permettant à chacun de progresser et de mieux vivre de son travail ?