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Plus de PIB, moins de CO2, est-ce possible ?

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France sont passées de 588 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq) en 1990 à 398 Mt CO2 éq en 2025, soit une baisse d’un tiers. Sur la même période, le produit intérieur brut (PIB) a augmenté de près de 70 % en euros constants. Les émissions diminuent donc alors que l’activité économique augmente : c’est le « découplage ». Entre 1990 et 2025, les émissions de GES par euro de valeur ajoutée ont ainsi été divisées par dix dans l’industrie chimique et pharmaceutique, par près de quatre pour l’industrie du textile, de l’habillement et du cuir et par deux et demi pour les activités de services.

Une partie de ce découplage tient à la transformation du système de production français, avec le recul relatif de l’industrie, plus émettrice, au profit des services. Cette évolution s’est accompagnée d’un recours accru aux importations de biens manufacturés : la demande finale française est ainsi davantage satisfaite par des productions étrangères, ce qui peut réduire les émissions françaises sans diminuer d’autant la pression globale sur le climat. Pour tenir compte de ce phénomène, l’Insee et le SDES mesurent l’« empreinte carbone de la France » : l’ensemble des émissions, en France ou à l’étranger, nécessaires pour satisfaire la demande finale française.

De 1990 à 2008, cette empreinte carbone augmentait, alors que les émissions françaises diminuaient : la hausse des émissions importées, notamment de Chine, faisait plus que compenser la baisse des émissions nationales. Depuis 2009, l’empreinte diminue à son tour, presque au même rythme que les émissions françaises (en moyenne – 1,8 % par an contre – 2,1 %). Le découplage concerne désormais aussi l’empreinte carbone et la demande finale intérieure.

Entre 2010 et 2025, l’empreinte carbone de la France, hors émissions directes des ménages, a ainsi baissé de 23 % tandis que la demande finale intérieure augmentait de 18 % en volume. Un récent Insee Analyses (IA n°126) examine les ressorts de ce découplage. En distinguant 64 catégories de biens et services, il établit que la baisse du contenu carbone des produits (en kg CO₂ éq par euro constant) contribue à 85 % du découplage ; les changements de composition de la demande n’en représentent que 15 %.

Cette baisse du contenu carbone concerne les produits fabriqués en France comme les produits importés. Plus intenses en gaz à effet de serre, ces derniers se décarbonent néanmoins depuis 15 ans à un rythme comparable à celui des produits français. L’empreinte française bénéficie donc également des progrès réalisés dans les chaînes de production étrangères.

Mais les volumes économiques mesurés par la comptabilité nationale ne se confondent pas avec les quantités physiques : ils intègrent aussi les changements de qualité et de composition des produits. Pour distinguer ces mécanismes, l’étude confronte volumes et quantités physiques pour onze catégories de produits, représentant près des deux tiers de l’empreinte carbone. Pour sept d’entre elles, la baisse des émissions par unité physique explique majoritairement le découplage. Pour d’autres, notamment le matériel informatique et l’automobile, les effets de qualité et de composition jouent un rôle plus important. Ces derniers reflètent une montée en gamme des produits consommés, sous l’effet de nouvelles normes, des progrès technologiques et des préférences des consommateurs.

Le découplage entre la demande finale française et son empreinte carbone est donc réel : il ne résulte pas seulement d’un déplacement de la production à l’étranger ni des conventions de mesure des volumes.

Mais son rythme est-il suffisant ? Pour atteindre les objectifs de la troisième « Stratégie nationale bas carbone » (SNBC 3), l’empreinte carbone de la France devrait diminuer de 3,8 % à 5,0 % par an d’ici 2050, contre environ 1,7 % par an observé depuis 2010. La décarbonation à l’œuvre devra donc s’accélérer nettement pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.