Le Mag' des Jéco 2026 Les Jéco

La démocratisation de l’entreprise

Nous savons désormais que notre système productif n’assure plus la reproduction de la communauté humaine : il est, au sens propre, dramatiquement inefficace. Nous détruisons notre milieu de vie pour satisfaire les désirs, authentiques ou factices, que le capitalisme suscite en nous afin d’entretenir sa propre dynamique. Il nous faut donc sortir de cet aveuglement morbide et bifurquer. Mais comment ?

Cette table ronde part de l’idée que cette bifurcation suppose de réouvrir des espaces de dialogue dans nos organisations productives pour les remettre au service d’une stratégie collective résiliente nous permettant de satisfaire nos besoins sans compromettre le maintien d’une vie authentiquement humaine sur terre. Pour bifurquer, il va nous falloir démocratiser l’entreprise, et sortir du dogme de la gouvernance actionnariale et du mythe selon lequel l’entreprise appartiendrait aux actionnaires. 

L’entreprise est un commun, dont il faut repenser les usages et la gouvernance à l’aune de l’anthropocène.

Cette table ronde a été initiée par Nicolas Postel, Economiste à l’Université de Lille et au CLERSE (ULMR 8019 et titulaire de la chaire Socioeconomie de communs. Il coordonne un ouvrage à paraitre prochainement :« Bifurquer ! L’entreprise comme lieu d’élaboration démocratique d’un futur désirable » (Postel, Saves, Pharo, Septentrion, mars 2027) et a coordonné avec Diane RODET ( Sociologue, Lyon 2, Centre Max Weber) un dossier consacré à ce thème dans la Revue Française de Socio Economie : Democratie et autonomie au Travail. Elle réunira un panel d’actrices engagées dans la recherche de solution démocratiques à la crise actuel de notre mode de production.

Comment mieux partager les décisions stratégiques entre ceux et celles qui font vivre l’organisation ? Comment penser de manière plus collective leur mise en œuvre ? Comment mieux penser une articulation entre ce qui est produit et les besoins sociaux et environnementaux ? Comment redonner sens au travail collectif ? Quelle politique publique pour y parvenir ?

On en débat le 4/11/2026

 

Où en est-on dans la longue histoire de la démocratisation de l’entreprise ? C’est l’ambitieuse question que pose ce numéro de la Revue Française de Socio-économie, en revenant sur l’histoire de la notion, depuis le XIXe siècle jusqu’aux initiatives concrètes portées aujourd’hui. Il s’attache pour cela à rappeler la polysémie du terme et ses différentes dimensions : celle, constitutionnelle, du choix des statuts juridiques de l’organisation et de ses représentant.es, sa dimension processuelle liée à la production et à la forme du travail réel qui s’y déroule, et enfin celle de sa redevabilité vis-à-vis de la

société dans son ensemble. Ce numéro vise ainsi à saisir de la façon la plus large possible, l’ensemble des processus permettant de rééquilibrer les pouvoirs de décisions de toute organisation, en permettant en son sein, à différents niveaux, la création d’espaces de délibérations. Il s’ouvre pour cela sur un grand entretien avec Isabelle Ferreras spécialiste des questions relatives à la démocratie d’entreprise et qui a dirigé en 2026 un important rapport sur ce sujet remis au gouvernement espagnol en vue de mener une politique publique de déploiement de ce principe. Quatre articles de recherche suivent autour d’études de terrain consacrées à la mise en œuvre concrète d’une forme de démocratisation de l’entreprise. Ces contributions interrogent les cas d’entreprises traditionnelles mettant en place des dispositifs d’expression directe des salariés ainsi que ceux d’entreprises visant plus largement une façon de produire alternative à celle de l’entreprise classique, lucrative et hiérarchisée (coopératives, entreprise sociale commerciale). Chacune s’attache à analyser un ou des dispositifs concrets visant à donner de l’autonomie aux salarié.es, dans différentes dimensions (opérationnelle, professionnelle, stratégique…). Elles permettent au final de souligner combien agir pour l’autonomie des travailleurs et travailleuses et valoriser l’engagement démocratique de l’entreprise permettrait de soutenir un véritable processus de démocratisation, tel qu’appelé par le rapport Auroux de 1981.