Réduire la dette sans hypothéquer l’avenir ?
Les pistes issues d’Une stratégie économique de ruptures pour la France.
Alors que le ratio de la dette publique frôle les 120% du PIB en France au 2e trimestre 2026 et que ses conditions de financement se dégradent, la tentation de faire du redressement des finances publiques la priorité du débat présidentiel est grande. Mais si la crédibilité des engagements budgétaires est indispensable, la réduction de la dette publique ne devrait pas se concevoir au détriment des investissements nécessaires pour face aux défis de grande ampleur auxquels la France est exposée.
En effet, redresser les finances publiques, ne peut pas signifier renoncer aux transformations dont le pays a besoin.
C’est le message porté par les membres du CAE dans une Note récente, qui recommande des mesures ambitieuses, de l’école au climat, en passant par l’IA, l’emploi et la lutte contre la pauvreté, afin de transformer le moteur productif et social de la France, et augmenter sa résilience face aux chocs climatiques, commerciaux et géopolitiques.
Réduire la dette. Les membres du CAE estiment qu’un effort budgétaire d’au moins 125 Md€, soit environ 4 points de PIB, est nécessaire pour stabiliser la dette à l’horizon 2032. Pour infléchir plus rapidement la dynamique de la dette, contenir plus efficacement les taux et renforcer la crédibilité de l’ajustement, il est préférable de concentrer environ la moitié de cet effort sur les deux premières années de consolidation. Un ajustement d’une telle ampleur doit toutefois être réparti équitablement (entre les générations, selon les capacités contributives de chacun, mais aussi entre les différentes sphères de l’action publique), tout en préservant les minima sociaux et les dispositifs destinés aux populations les plus exposées au risque de pauvreté (les enfants, les jeunes et les familles monoparentales). La combinaison des mesures permettant d’atteindre cet objectif relève néanmoins de choix politiques, sur lesquels les membres du CAE n’ont pas vocation à se prononcer. Le CAE met en revanche à disposition une base publique de mesures chiffrées sur la base d’hypothèses prudentes, afin de nourrir le débat public et d’éclairer les propositions avancées lors de la campagne présidentielle.
Sans hypothéquer l’avenir. Bien que cette consolidation demande un effort conséquent, les membres du CAE recommandent de ne surtout pas se détourner d’objectifs prioritaires pour répondre aux transformations de la France (décrochage éducatif, renforcement des inégalités de patrimoine hérité, vieillissement, érosion de la productivité…) et du monde (crise climatique, chocs géopolitiques et commerciaux, révolution de l’IA…). Cela suppose toutefois de revoir certaines orientations ayant guidé les politiques économiques des dernières décennies. La campagne présidentielle de 2027 constitue une occasion décisive de mettre en œuvre ces ruptures. Le plus possible, ces mesures sont financées par redéploiement de ressources, afin de ne pas aggraver le déficit. Pour n’en citer que quelques exemples :
Education. Face au décrochage scolaire et aux fortes inégalités, adopter un plan décennal financé par la réallocation des moyens dégagés par la baisse du nombre d’élèves, vers les mesures les plus efficaces (formation, tutorat, taille des classes… 4 Md€/an réinvestis d’ici 2035).
Innovation. Face au décrochage de la productivité du travail, faire de la diffusion technologique dans les PME et ETI une politique à part entière, financée par le recentrage du CIR et lancer un programme France 2040 pour les missions stratégiques, autofinancé par ses retours sociaux-fiscaux sous 3 ans.
Climat. Atténuation. Face à une baisse trop lente des émissions et à une acceptabilité sociale encore à construire, mettre en œuvre le marché carbone européen ETS-2 et réallouer ses recettes sous forme de compensation directe, en amont, vers les ménages les plus vulnérables (dividende carbone).