Dans un monde en transformation, retrouver les moyens de notre puissance économique
Les Journées de l’Économie incarnent, depuis 2008, un rendez-vous incontournable du débat économique. Elles offrent un espace privilégié de dialogue entre chercheurs, décideurs publics, chefs d’entreprise et citoyens, avec une ambition essentielle : rendre les grands enjeux économiques accessibles à tous et confronter les expériences pour éclairer les choix collectifs. Le thème de cette édition 2026, « Tous apprentis face aux chaos », nous rappelle que notre monde traverse des bouleversements historiques et qu’il nous revient, chacun à son niveau, de construire des réponses à la hauteur des défis.
Mais encore faut-il regarder le monde avec lucidité. Charles Péguy l’écrivait : « Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Dit autrement, ne pas détourner le regard devant le réel, même lorsqu’il dérange, pour mieux préparer l’avenir.
Le premier constat est géopolitique. Le retour des grandes puissances et l’affirmation des rapports de force bouleversent l’ordre du monde. Les intérêts nationaux tendent à effacer les règles communes, et la France peine à faire entendre une voix qui résonnait pourtant avec force sur la scène internationale. En Europe, notre influence s’érode à mesure que nos fragilités économiques et budgétaires se creusent. La fragilité du couple franco-allemand, longtemps moteur de la construction européenne, en est un symptôme et l’échec récent du projet d’avion de combat SCAF en juin 2026 en témoigne. Faute de puissance économique, industrielle et financière, la volonté politique ne suffit plus à imposer ses vues.
Le deuxième constat sur lequel il faut être lucide, c’est celui de nos finances publiques. Avec une dette dépassant les 3500 milliards d’euros et un déficit public de 5,1 % du PIB en 2025, la France s’est dangereusement privée de marges de manœuvre. Cette situation nourrit une profonde crise de confiance et fragilise notre souveraineté. Car chaque euro consacré au remboursement de la dette est un euro qui ne peut être investi ailleurs.
Un troisième constat nous oblige. C’est celui de notre capacité à créer de la richesse, à produire, à innover et à créer des emplois. La prospérité n’est jamais acquise. Elle repose sur le travail, l’investissement, la prise de risque et la transmission des savoir-faire. Dans une économie mondialisée, à l’heure de la révolution de l’intelligence artificielle et de la conquête spatiale, la France ne peut se permettre de freiner ses ambitions par une accumulation de normes, une fiscalité instable et une défiance persistante envers ceux qui entreprennent.
Ces trois enjeux sont indissociables : ils conditionnent directement notre capacité à maîtriser notre destin. La puissance d’une nation repose autant sur sa crédibilité internationale que sur la solidité de ses finances publiques et le dynamisme de son économie.
Sans création de richesses, pas de finances publiques soutenables ; sans finances saines, pas de souveraineté réelle ; et sans souveraineté, pas d’indépendance stratégique.
Tout commence donc par notre capacité à produire, à innover et à investir pour redonner à la France les moyens de ses ambitions.
Ces enjeux nationaux prennent une dimension très concrète à l’échelle de la Métropole de Lyon. Notre territoire dispose d’atouts considérables : une place géographique stratégique, un tissu industriel diversifié, des filières d’excellence, des établissements d’enseignement supérieur reconnus et un écosystème entrepreneurial dynamique. Mais ces acquis ne nous mettent pas à l’abri des crises. La Métropole a une responsabilité particulière et j’ai la conviction que la Métropole doit pleinement assumer son rôle dans la bataille de l’attractivité et de la compétitivité. Cela exige des choix clairs et des actes : préserver notre foncier économique et stratégique pour continuer à produire ; développer les infrastructures et les mobilités indispensables aux entreprises et à leurs salariés ; garantir une stabilité fiscale qui donne de la visibilité aux acteurs économiques ; et faciliter, dans le respect des règles de la commande publique, l’accès de nos entreprises aux marchés métropolitains.
Face aux désordres du monde, notre responsabilité est claire : faire preuve de lucidité quant à la réalité, faire preuve de responsabilité quant aux actions à conduire. Notre destin ne se construira ni dans le renoncement ni dans l’accumulation des contraintes, mais dans notre capacité à produire, à entreprendre et à préparer les emplois de demain. C’est ainsi que nous renforcerons notre territoire et contribuerons à redonner à la France sa puissance et son indépendance.