Le Mag' des Jéco 2026 Les Jéco

Campagne présidentielle : les sujets à affronter

Les revendications lycéennes ont permis de braquer le projecteur sur le fort besoin de financement de services publics essentiels à la cohésion sociale et à la prospérité de notre pays. Nous devons investir massivement dans l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche, la santé, le logement, la défense…Et évidemment dans la transition écologique, qui doit être la priorité absolue si nous voulons pouvoir conserver des conditions de vie supportables dans les décennies qui viennent et ne pas prendre le risque de franchir des « tipping points », des seuils au-delà duquel les évolutions seraient non linéaires, brutales et irréversibles.

Nous ne pourrons pas vivre correctement si nous n’avons plus d’agriculture, si, durant des mois, les températures dépassent les 40 degrés, si des inondations ravagent nos habitations, si nous ne pouvons plus travailler à l’extérieur, si nos élèves et étudiant.es ne peuvent plus étudier dans des bâtiments chauffés à blanc.

Nous devons organiser la reconversion écologique de nos économies à la fois pour faire diminuer nos émissions de gaz à effet de serre et notre empreinte carbone et pour nous protéger des chocs à venir. Il s’agit d’une opération d’une très grande ampleur qui devrait être planifiée, coordonnée, organisée, accompagnée. Convertir notre agriculture pour la rendre capable de nous nourrir sans épuiser les sols ; électrifier notre industrie ; rénover thermiquement nos bâtiments publics et privés ; développer nos infrastructures de transport faiblement émetteurs ; substituer des énergies propres aux énergies fossiles, voilà un programme qui devrait non seulement créer des emplois mais nous permettre de vivre mieux.

Oui, la transition écologique est profondément désirable pour l’ensemble de la société et entrainera des bénéfices pour chacun.e. Bénéfices en matière de santé d’abord. Toutes les études le prouvent, moins utiliser sa voiture, marcher plus, faire plus de vélo, remplacer les véhicules thermiques par des véhicules électriques, utiliser le train, c’est bon pour la santé – la santé collective et la santé de chacun. Bénéfices en matière d’alimentation également. Les dernières études montrent qu’en France près de la moitié de la population est obèse ou en surpoids avec des conséquences dramatiques pour la vie quotidienne, le bien-être et la dépense de santé. Reconvertir notre agriculture peut certes sembler coûteux à court terme, mais c’est la seule solution pour réparer nos sols, leur rendre leur capacité à offrir des produits de qualité, redonner du sens au travail des paysans, recouvrer notre souveraineté alimentaire, sortir de la malbouffe…Bénéfices en matière de sécurité et de souveraineté : nous ne pouvons plus dépendre de l’étranger ni pour notre énergie ni pour les biens essentiels comme les médicaments ou certains éléments stratégiques pour la sécurité nationale. Bénéfices en matière d’emplois car les secteurs à développer sont intensifs en main d’œuvre.

Certes, la reconversion écologique est une opération couteuse. Le rapport Pisani-Ferry/Mahfouz indiquait qu’il nous faudra consacrer 64 milliards supplémentaires chaque année. I4CE chiffre ce montant à 87 milliards à l’horizon 2030 sans compter l’agriculture ni les mesures d’adaptation. Et on nous rappelle chaque jour que « les caisses sont vides », que nos dépenses publiques sont beaucoup trop élevées, et donc que nous ne pouvons pas procéder à ces investissements majeurs.

Mais qui a vidé les caisses ? Avec Eric Heyer et Pascal Lokiec, dans l’ouvrage que nous venons de publier « Les caisses sont vides ». Le grand malentendu, nous rappelons qu’en 2010 les dépenses publiques s’élevaient à 57,8% du PIB contre... 57,2% en 2025. Les recettes publiques, elles, sont passées de 54,3% à 52,1% du PIB…Les mesures de baisse des prélèvements obligatoires souhaitées par le Président de la République et engagées dès son élection ont réduit ces recettes d’environ 65 milliards d’euros par an depuis 2017, soit 2,2 points de PIB. Le bouclier énergétique, mis en place en 2022 et destiné à tous, riches comme pauvres, a constitué une dépense de 70 milliards, dont l’existence a été largement invisible.

Plus généralement, les finances publiques ne soutiennent plus seulement le revenu de façon temporaire pendant les crises mais le fonctionnement de l’économie en permanence. L’Etat s’est en partie substitué aux entreprises pour prendre en charge la rémunération du travail : les exonérations de cotisations sociales s’élèvent désormais à plus de 80 milliards sans que ses effets soient prouvés. La prime d’activité, la défiscalisation des heures supplémentaires, les aides à l’apprentissage sont autant de soutiens qui déséquilibrent les finances publiques.

Alors certes, le coût de la reconversion de notre économie peut paraître élevé. Mais le coût de l’inaction serait nettement supérieur.

Par ailleurs, ces dépenses ne seront pas exclusivement supportées par la puissance publique. Surtout, une partie d’entre elles existe déjà et sera réorientée. Nous économiserons une partie de la facture pétrolière et gazière de 60 milliards d’euros dont nous nous acquittons annuellement auprès de pays qui peuvent à tout moment cesser leurs approvisionnements. Les 67 milliards d’euros qui servent actuellement à porter à bout de bras le système agroalimentaire et à réparer ses impacts négatifs – comme le BASIC l’a mis en évidence dans son rapport sur L’injuste prix de notre alimentation - pourront soutenir le déploiement d’une agriculture écologique régénérant les sols et permettant à toute la population d’accéder à une alimentation de qualité produite localement. Un certain nombre des dépenses citées plus haut pour soutenir les salaires doivent à nouveau être assumées par les entreprises. Enfin, la considérable augmentation des patrimoines privés qui s’est produite grâce aux réformes engagées par les gouvernements dans la dernière décennie mais aussi grâce à la hausse des prix de l’immobilier doit également pouvoir en partie servir à renflouer nos finances publiques et permettre d’investir dans la sauvegarde de conditions de vies décentes pour nous-mêmes et nos enfants.

 

Dernier ouvrage paru : « Les caisse sont vides ». Le grand malentendu, avec Eric Heyer et Pascal Lokiec, Champs Flammarion, 2026