Trump 2.0 : l’IA, la dette et le dollar au cœur d’une domination renouvelée
‘’Trump, l’I.A., la Dette et le Dollar’’ est le titre du Panel de C. Antonin, I. Mateos y Lago, G. Moec et moi-même aux JECO 2026.
L'Amérique de Trump est l’épicentre de trois dominations : technologique, budgétaire et monétaire.
Appelons Tr2.0 les politiques économiques de ce second mandat. Celles-ci exacerbent les guerres de l’I.A., du financement des dettes (notamment publiques) et des paiements. Et elles affectent les autres pays car les USA demeurent la 1ère puissance mondiale. En résumé, le repli migratoire et les tarifs douaniers des USA sont stagflationnistes. Le dérapage budgétaire et le boom de l’I.A. compensent l’effet récessionniste, mais accentuent l’impact inflationniste, renforcé par la guerre contre l’Iran (dans l’espoir de rééditer le coup vénézuélien). Résultat : une hausse des taux d’intérêt à long terme US, et donc mondiaux, par baisse de confiance dans le dollar.
D’abord, quid de l’I.A. et de son impact économique, e.g. sur le PIB et l’inflation ?
L’effet sur le PIB dépend de ceux sur la productivité vs l’emploi. La productivité est stimulée à moyen terme mais avec un délai et une ampleur qui opposent deux Nobel : D. Acemoglu et Ph. Aghion. L’emploi se réduit à court terme (effet de substitution) sauf s’il est bien accompagné. L’impact sur l’inflation dépend de celui sur le PIB, outre à la fois des économies (l’I.A. travaille sans repos ni grève) mais des surcoûts en énergie, en investissement, voire d’une domination oligopolistique.
Parmi les risques, soulignons celui d’éviction d’autres investissements, liés au climat ou à la défense. D’aucuns craignent aussi une bulle comme en 2001 si la rentabilité déçoit. Plus grave est le parallèle avec 2007-08 car l’I.A. implique un investissement colossal de type immobilier (data centers) financé jusqu’ici par de la dette plus que par la bourse. De plus, la course sino-américaine empêche toute régulation dans un G20 fracturé. Et le retard de l’Europe accentue sa dépendance sans marge budgétaire publique pour compenser.
Ensuite, quid de la dette, notamment publique justement : comment la refinancer dans la guerre des flux de capitaux (sujet brûlant en France aussi qui vit à crédit comme les USA) ?
La dette publique se justifie pour financer les fonctions régaliennes et les investissements à long terme (infrastructures, éducation …). Elle se renouvelle par emprunt dont le service en termes de taux d’intérêt varie selon la crédibilité de l’émetteur. Attirer des capitaux étrangers utiles fait que cette charge d’intérêt sort aussi du pays (à 54% pour la France). Et le ratio Dette publique sur PIB n’est soutenable que si la charge d’intérêt de la dette (au numérateur) n’est pas trop supérieure à la croissance du PIB (dénominateur).
Or, les taux longs US dépassent 5% versus une croissance potentielle de 4%, et pire en France 5% vs 3%, contre 3,5% vs 3% en Allemagne avec la même monnaie ! Et l’effet boule de neige croit avec le ratio : environ 120 % aux USA et en France, contre moins de
70% en Allemagne. Ce risque crée un effet de domination budgétaire sur l’inflation contraignant les banques centrales, notamment la FED. Certes, depuis 1945, les USA ont bénéficier du privilège exorbitant de financer la dette (privée aussi) à des taux si favorables que le revenu net de ses placements à l’étranger restait très positif. Mais celui-ci s’annihile avec la montée des taux d’intérêt liée au moindre attrait du dollar.
Enfin, quid du dollar ?
Pour diffuser un dollar déguisé, les Tr2.0 promeuvent les stablecoins en dollar (SC-$ ci-après), passés de zéro en 2020 à environ $ 300 Mds en 2026, y compris via une réglementation (GENIUS) moins stricte que l’européenne (MICA). En bref, le SC-$ est un actif numérisé par le secteur privé (tel le Bitcoin), mais avec un émetteur identifié (surtout 2 sociétés US) promettant un échange à parité en dollar. Quel attrait pour le détenteur ? Notamment plus de stabilité et d’efficience que la monnaie locale et le pseudo-anonymat facilitant évasion fiscale et activités illicites. Intérêt pour les USA ? Un complément dans sa panoplie (dont les réseaux de cartes, tel Visa, l’extraterritorialité, etc.) via ce cheval de Troie non rémunéré, alors que bien des pays ne veulent plus dépendre du dollar. Au passage l’émetteur privé empoche l’intérêt sur le placement en titres courts US, qui coute certes moins cher au Trésor que les titres longs.
Quelles ripostes possibles pour l’Europe ? Pour certains, des SC en euros émis par des banques bien contrôlées ; mieux, l’euro numérique d’ici 2030 et clairement des paiements instantanés européens (e.g. Wero vs la dépendance à Visa). Tout cela, en espérant réorienter notre surplus externe en investissements internes plus risqués, à défaut d’eurobonds bloqués par les pays du Nord ! Quant à la Chine au sein des BRICS+, elle mise sur des accords bilatéraux d’usage du yuan (voire de l’e-yuan et de son système de paiement CIPS) et sur les liens avec d’autres paiements instantanés nationaux (cf. UPI indien) ; mais elle bannit les SC.
Alors, quel épilogue pour le Système Monétaire International ? Un maintien du dollar par effet de réseau car il représente encore environ 60% des réserves officielles, du commerce ou des crédits internationaux et même des capitalisations boursières ? Ou un système multipolaire, peut-être instable et donc moins efficient ?
Ces questions s’ajoutent aux précédentes et à celles du public que le Panel tentera de traiter.