Le Mag' des Jéco 2026 Les Jéco

La France ne manque pas d'épargne. Elle manque de capital pour son avenir.

On entend souvent que les Français épargnent trop, ou mal. Le débat est mal posé. La France ne manque pas d'épargne. Elle doit mieux la mobiliser pour financer son avenir. Car si notre économie dispose de ressources financières abondantes, celles-ci ne se transforment pas suffisamment en capitaux de long terme pour accompagner la croissance de nos entreprises, l'innovation et les grandes transitions. C'est là que se joue une partie de notre souveraineté économique.

Commençons par les faits. Les ménages français mettent de côté près de 18 % de leur revenu disponible, l'un des taux les plus élevés du monde développé. L'argent est donc disponible et il en va de même à l’échelle européenne. Le défi est plutôt celui du financement en capital de nos entreprises. En 2024, la détention d'actions cotées représentait 214 % du PIB aux États-Unis, contre seulement 47 % en France et 38 % en Allemagne, selon des données reprises par la Banque de France. Cet écart illustre la profondeur bien supérieure du marché américain des actions. Et pendant que nos entreprises manquent de capital, une part considérable de l'épargne européenne part s'investir à l'étranger : l'excédent courant de l'Union a dépassé 350 milliards en 2025. Nous épargnons en Europe, mais nous finançons trop souvent la croissance des autres.

Or nos besoins n'ont jamais été aussi grands. Mario Draghi les chiffrait à 750-800 milliards d'euros d'investissements supplémentaires par an pour l'Europe. Avec l'effort de défense, la BCE évoque désormais jusqu'à 1 200 milliards (estimation). Il faut financer la transition énergétique, le numérique, la réindustrialisation et l'innovation, tout en faisant face au vieillissement : d'ici 2040, l'Europe perdra près de deux millions d'actifs chaque année. Ces chantiers ont un point commun. Ils se financent sur dix, quinze ou vingt ans et exigent du capital patient.

Pourquoi est-ce grave ? Parce qu'une économie qui ne finance pas son propre avenir finit par le louer aux autres. Des entreprises sous-capitalisées innovent moins, grandissent moins vite et deviennent des proies faciles. À terme, ce sont nos emplois, nos technologies et notre capacité à maîtriser nos choix industriels qui sont en jeu. Car derrière la question du financement de nos entreprises se joue aussi celle de notre souveraineté économique européenne.

Il faut cependant se garder d'un contresens : opposer la sécurité de l'épargne et le financement de l'économie. L'idée d'une épargne « dormante » est une caricature. Les dépôts, les livrets et l'assurance-vie financent déjà, par l'intermédiaire des banques, les PME, le logement et les collectivités. Contraindre les épargnants ou les culpabiliser serait se tromper de remède. Le véritable levier, ce n'est pas la contrainte, c'est la confiance.

Les Français ne cherchent pas seulement le rendement. Ils veulent à la fois de la sécurité, de la lisibilité, de la liquidité et de la performance. Et lorsqu'on leur propose des solutions claires et comprises, ils répondent présent. En assurance-vie, les unités de compte représentent désormais près de 40 % des nouvelles cotisations. Cette évolution montre que les épargnants peuvent accepter une part de risque et diversifier leurs placements, dès lors qu'ils disposent de solutions adaptées et d'un accompagnement éclairé.

D'où trois responsabilités.

Celle des pouvoirs publics, d'abord. Il faut achever enfin l'Union des marchés de capitaux, promise depuis plus de dix ans, et offrir aux épargnants un cadre fiscal stable et des produits simples. On n'investit pas sur vingt ans avec des règles qui changent tous les deux ans.

Celle des banques, ensuite. Notre rôle est central : expliquer, accompagner et proposer des solutions adaptées aux attentes des épargnants comme aux besoins de financement des entreprises. Il nous appartient de créer les conditions pour qu'une épargne abondante puisse davantage soutenir l'investissement productif et les projets de long terme. La pédagogie et la confiance sont au cœur de cette responsabilité.

Celle du modèle coopératif, enfin. Le capital patient n'est pas une idée nouvelle pour nous : il est à l'origine même des Banques Populaires. Nos sociétaires, en détenant des parts sociales, apportent des ressources stables qui renforcent durablement les fonds propres de leur banque et sa capacité à financer les entreprises du territoire. Une banque coopérative est l’un des lieux où l’épargne d’une région peut rencontrer ses besoins d’investissement. Auvergne-Rhône-Alpes, première région industrielle de France, en est la démonstration : à la Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes, près de 380 000 sociétaires contribuent, par leur engagement à notre capital, à renforcer notre capacité à financer les TPE, les PME, les ETI et les projets de transition de notre territoire. Un engagement qui fait de Banque Populaire la première banque des entreprises depuis seize ans.

Le débat sur l'épargne n'est donc pas un débat technique. C'est un débat sur le financement de l'avenir, et de celui de nos enfants. La France dispose d'un atout considérable que beaucoup nous envient. Notre défi n'est pas d'épargner davantage, mais de mieux relier cette épargne aux besoins de notre économie.

Faire de notre épargne une force d'investissement, c'est nous donner collectivement les moyens de choisir notre avenir économique.