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Climat : qui paie la f(r)acture ?

L’été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en France. On compte 53 jours de vagues de chaleur, 5 764 décès en excès lors de l’épisode de juin d’après Santé Publique France, une sécheresse sévère et près de 100 000 hectares brûlés. Ces événements ne sont malheureusement pas complètement surprenants, ils sont la matérialisation d’un réchauffement annoncé depuis longtemps, qui pourrait coûter 20 à 30 % de PIB par habitant à long terme en France et en Europe, par degré de réchauffement[1].

Or, au moment où les enjeux se précisent, les politiques environnementales sont contestées, par crainte qu’elles ne soient injustes, et l’on assiste à des reculs. Il est donc essentiel d’en examiner les effets distributifs, pour qu’elles n’aggravent pas les inégalités. Mais il faut regarder aussi les dommages du changement climatique lui-même. Ils ne sont pas répartis uniformément, pas plus que le coût de l’action.[2] Y a-t-il des ménages qui paient deux fois : une première fois en subissant davantage que les autres les effets du changement climatique, une seconde en supportant le coût des politiques pour le limiter ?

D’un côté, les impacts du changement climatique. L’exposition directe aux événements extrêmes varie, car on ne vit pas et on ne produit pas aux mêmes endroits, mais elle n’est pas toujours plus forte pour les ménages modestes. Les logements touchés par le retrait-gonflement des argiles ou les feux de forêt par exemple sont surtout des maisons individuelles, l’exposition des ménages à ces aléas augmente donc plutôt avec le niveau de vie[3]. Pour la chaleur, toutes les catégories de revenu sont exposées à peu près autant au niveau national. La différence se joue sur la vulnérabilité, c’est-à-dire l’ampleur des dommages à exposition donnée. La vulnérabilité, qui détermine l’ampleur des dommages à exposition donnée, dépend souvent du revenu. Ainsi, un ménage modeste subit en général plus de dommages, car il a moins de capacité d’adaptation. C’est le cas pour la chaleur, où les logements des ménages modestes sont moins protecteurs : 42 % du parc HLM est estimé mal adapté aux canicules, contre 16 % des logements en pleine propriété[4]. C’est aussi le cas pour les inondations : la mobilité augmente après une crue surtout pour les revenus intermédiaires, alors que les plus modestes, moins mobiles, restent plus souvent sur place[5]. Le revenu n’est pas le seul facteur de vulnérabilité : l’âge ou la santé comptent aussi.

Côté politiques d’atténuation, c’est la même logique. Les dépenses d’énergie pèsent plus lourd dans le budget des ménages modestes, mais l’hétérogénéité est forte : à revenu comparable, l’effort varie beaucoup selon la localisation, le mode de chauffage ou la dépendance à la voiture. En revanche, le revenu joue un rôle déterminant dans la capacité à investir. Sans aides, une large part des investissements bas carbone n’est pas finançable pour les plus modestes.

Le climat fait-il alors peser une double peine sur certains ménages, en particulier les plus modestes ? Pas systématiquement : l’exposition aux événements extrêmes n’est pas plus forte pour les ménages modestes, et les coûts de la transition varient beaucoup à revenu donné. Mais certains cumulent un logement peu protecteur et énergivore avec peu de capacité d’investissement et d’adaptation. Ce sont eux qu’il faut viser, et pas seulement sur le critère du revenu : statut d’occupation, localisation, qualité du bâti, âge ou conditions de travail comptent aussi. Cela appelle deux choses : faire de l’adaptation le second pilier de la politique climatique, aux côtés de l’atténuation, et veiller, pour l’une comme pour l’autre, à ce que les aides, dans un contexte de finances publiques contraintes, aillent en priorité à ceux qui ont le moins de moyens d’agir.



[1]Bilal, A. et Känzig, D. R. (2026), Econometrica.

[2] Voir la Note du CAE à paraître sur le sujet pour une analyse plus précise: Henriet, Fontaine et Schubert, « Inégalités face au changement climatique : qui paiera la fracture ? », Note du CAE 96, 2026

[3] André, Moutachaker, Nass et Sixou (2026), Panorama des risques climatiques en France : exposition des ménages et de leur patrimoine immobilier, Insee, 2026

[4]ObSoCo (2026)

[5]Le Thi, Millock et Sixou (2025), Insee, Document de travail n° 2025-06