Le Mag' des Jéco 2026 Les Jéco

La donnée au service de mobilités plus efficaces et plus solidaires

Comment la donnée peut-elle nous aider à construire des mobilités plus efficaces ?

D’abord, en nous permettant de partir des usages réels de mobilité.

Les données d'enquêtes (locales et nationales) sont très riches sur les motifs de déplacements et la sociologie des personnes mais elles sont imprécises géographiquement et ne sont réalisées que tous les 10 ans. Cela est insuffisant pour définir des infrastructures et des services de mobilité qui répondent aux besoins de mobilité. Par ailleurs, les dernières années ont vu des mutations lourdes sur le travail (télétravail, temps partiel, horaires décalés) et sur les mobilités en général, les déplacements liés au travail représentant un tiers seulement des déplacements et la moitié des kilomètres. Si l'on veut construire des offres au plus près des besoins il faut comprendre les mobilités et les territoires. Cela oblige d'une part à travailler sur de multiples sources de données, statistiques mais aussi numériques, et d'autre part à croiser les approches : les flux, la géographie de l'occupation des lieux, l'économie, la sociologie. C’est l'objet de Geonexio, le Think & Do Tank de Transdev : mieux comprendre pour mieux agir.

En analysant des données mobiles anonymisées et en les croisant avec les données d'enquêtes d’un territoire, nous pouvons identifier les flux suivant les périodes, les polarités, les rythmes, identifier les écarts entre l’offre et les besoins dans le temps et l'espace.

Cela permet d'éclairer les choix et de déployer le bon mode de transports, au bon endroit, au bon moment : un train, un car, un bus, du transport à la demande, du vélo, une conjugaison de ces modes, pour aller de A à B. Cela permet d'utiliser au mieux l'argent public et le focaliser là où il pourra opérer un report de la voiture vers les transports en commun.

Pourquoi les mobilités du quotidien sont-elles devenues un enjeu de cohésion sociale ?

Elles l'ont toujours été ! Se déplacer, c’est aller au travail ou chercher un emploi, se divertir, se cultiver, se soigner, étudier, se rencontrer... La mobilité est une capacité essentielle de la vie des citoyens et c'est ce qui nous permet de nous réunir dans des lieux communs. C'est ce qui fait société. Ainsi, pour nombre de personnes il faudra non pas moins mais plus de mobilité, je pense en particulier aux demandeurs d'emplois, aux personnes non motorisées, ...etc. En termes d'émissions de CO2, le véritable enjeu est de renforcer les liens en transport public entre les villes (50% de la population) et le périurbain (plus de 40% de la population), et entre les villes moyennes avec les grandes agglomérations. Nos travaux montrent que la demande est en moyenne 5 fois supérieure à l'offre disponible, avec des agglomérations où ce rapport est de 15 à 20 ! Il n'est dès lors pas étonnant que des centaines de milliers de voitures entrent chaque jour dans nos agglomérations. Ces liaisons en termes de CO2 pèsent 20 fois plus que les déplacements internes aux villes centres. Dans une époque où tout le monde parle de fractures, sociales, territoriales, par exemple entre les villes et le rural, entre les modes de transports, ..., nos travaux montrent au contraire que villes et campagnes sont très fortement connectés. Périurbain et villes sont structurellement liés : c'est en ville que se trouve les emplois, là où travaille 93% de la population française, que se trouvent les universités, les grands hôpitaux, les grands équipements sportifs, culturels. Il faut faciliter l'accès à la ville, mais autrement qu'en voiture, source de congestions et aujourd'hui de la totalité des émissions de CO2 du déplacement des personnes. Nos travaux montrent que l'on peut concilier accès à la ville pour les habitants du périurbain et qualité de vie en ville pour les résidents urbains.

Relier, au sens de recréer du lien, est le mot clef de la période actuelle.