La croissance américaine est basée sur les inégalités
Croissance forte aux Etats-Unis
La croissance des Etats-Unis est, depuis quelques années, tirée par les investissements liés à la recherche et à l'Intelligence artificielle. L'investissement en propriété intellectuelle (brevets, recherche-développement) est passé de 5,8 % du PIB au début de 2022 à 7,3 % du PIB à la fin du premier semestre 2026. L'investissement en machines et équipements (ce qui inclut les data-centers, les semi-conducteurs, les réseaux d'électricité) est passé de 5,4 % du PIB au début de 2022 à 6,6 % du PIB au deuxième trimestre 2026. Ce dynamisme de l'investissement, essentiellement de l'investissement technologique ou des investissements liés, explique le dynamisme de l'économie américaine. Bien qu'une part importante des investissements soit importée, la progression du PIB des Etats-Unis a été en moyenne de 2,6 % par an de 2022 à 2026 et les anticipations de croissance restent aujourd'hui très fortes.
Pourquoi ce dynamisme de l'économie américaine qui diffère beaucoup de la faiblesse de l'économie européenne (qui ne croît que de 1,4 % par an depuis 2022, ce taux de croissance faiblissant d'année en année)?
Le rôle des inégalités
Les inégalités de revenu et de patrimoine sont très élevées et croissent continûment aux Etats-Unis. L'indice de GINI des inégalités après politiques redistributives ( un indice de GINI de 100 signifie que tout le revenu est accaparé par un seul individu, un indice de 0 indique une répartition totalement égalitaire des revenus) est en 2025 de 41,8 aux Etats-Unis, de 30,5 dans la zone euro. Les 10 % de ménages les plus riches détiennent 47 % du patrimoine total en France, 67 % du patrimoine total aux Etats-Unis ; le 1 % de ménages les plus riches détient 15 % du patrimoine total en France et 32 % du patrimoine total aux Etats-Unis. La hausse des inégalités, de revenu et de patrimoine, résulte essentiellement aux Etats-Unis de la déformation du partage des revenus. Le Bénéfice par action des sociétés cotées sur le Nasdaq 100 (essentiellement des sociétés technologiques) progresse de plus de 15 % par an depuis 2023 et en 2026 on s'attend à une hausse de 36 % de ces bénéfices ; sur le S&P 500, qui représente l'ensemble de l'économie, on anticipe 20 % de hausse des bénéfices par action. Pendant ce temps, les salariés ne profitent pas des gains de productivité : le pouvoir d'achat des salaires stagne aujourd'hui, il a stagné de 2019 à 2024 et n'a augmenté qu'en 2025.
Pourquoi y-a-t-il cette déformation du partage des revenus aux Etats-Unis ? Les causes sont multiples : la faiblesse du taux de syndicalisation (10 % contre 20 % en 1983) ; la laxisme des autorités de la concurrence (l'anti-trust) ; la faible protection de l'emploi ; le désintérêt des politiques pour la question du pouvoir d'achat.
La conséquence est alors que les entreprises américaines disposent de ressources financières énormes pour investir. Chaque trimestre, les sept magnifiques (Nvidia, Alphabet, Amazon, Microsoft, Apple, Meta, Tesla) dégagent 320 milliards de dollars de profits, ce qui leur permet de financer un effort de recherche et d'investissement colossal (les dépenses de Recherche-Développement des entreprises américaines atteignent 2,6 % du PIB contre 1,4 % du PIB pour les entreprises de la zone euro).
Faut-il copier le modèle américain ?
On voit la nature du modèle économique des Etats-Unis : consacrer toute la progression de la productivité à la rémunération du capital et non à celle du travail, ce qui permet de financer un effort très important de recherche et d'investissement et de distancer l'Europe dans le progrès technologique.
En contrepartie de cette répartition biaisée vers les profits des gains de productivité, les Etats-Unis acceptent une hausse très forte des inégalités de revenu et de patrimoine, un niveau de pauvreté élevé (le taux de pauvreté est de près de 18 % aux Etats-Unis contre 15 % par exemple en France), la déformation du partage des revenus n'étant pas corrigée aux Etats-Unis par des politiques redistributives.
Le modèle inégalitaire des Etats-Unis n'est pas clairement adaptable en Europe. Mais alors comment l'Europe peut-elle dynamiser son économie, si ce n'est pas grâce à une hausse considérable des profits et de la capacité d'investissement ? La seule solution consiste d'abord en l'adoption de solutions moins coûteuses en capital que celles choisies par les Etats-Unis, ce qui est possible pour l'Intelligence artificielle, pour l'énergie (renouvelables et non énergies fossiles) ; ensuite en une coopération entre pays européens , ce qui manque aujourd'hui dans beaucoup de domaines (énergie, matériel militaire, équipements pour la transition énergétique...)